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Conseil RH Gestion des Ressources Humaines

Transformation d’entreprise : comment distinguer un problème conjoncturel d’un problème structurel pour faire les bons choix stratégiques ?

Le carnet de commandes recule. Les marges se resserrent. Certains services semblent en sureffectif tandis que d’autres peinent à recruter. Face à ces signaux, une question s’impose rapidement à la direction : l’entreprise traverse-t-elle un ralentissement temporaire ou son organisation n’est-elle plus adaptée à son marché ? Une erreur de diagnostic peut avoir des conséquences durables. Restructurer trop rapidement risque de supprimer des compétences indispensables à la reprise. À l’inverse, répondre par des mesures provisoires à une fragilité structurelle ne fait souvent que reporter la transformation. Découvrez comment établir le bon diagnostic avant d’envisager des solutions de restructuration.

Difficulté conjoncturelle ou structurelle : de quoi parle-t-on exactement ? 

Avant de déterminer comment agir, il est nécessaire de distinguer clairement les deux notions. 

Qu’est-ce qu’une difficulté conjoncturelle ? 

Une difficulté conjoncturelle résulte principalement d’un événement temporaire.

Il peut s’agir :

  • d’un ralentissement cyclique de l’activité
  • d’un report de commandes 
  • d’une hausse ponctuelle du coût d’une matière première 
  • d’une rupture d’approvisionnement 
  • de la perte accidentelle d’un client important 
  • d’un événement géopolitique ou climatique

Le modèle de l’entreprise reste viable. Il traverse néanmoins une période de forte contrainte.

Qu’est-ce qu’une difficulté structurelle ?

Une difficulté structurelle touche les fondations du modèle économique ou organisationnel.

Elle peut résulter :

  • d’une baisse durable de la demande 
  • de la substitution d’une offre par une nouvelle technologie 
  • d’une activité devenue insuffisamment rentable 
  • de coûts fixes incompatibles avec le volume prévisible 
  • d’une organisation trop complexe 
  • de processus ou d’outils devenus obsolètes 
  • d’un décalage persistant entre les métiers présents et les compétences nécessaires

Même si la conjoncture s’améliore, l’entreprise ne retrouvera pas automatiquement son équilibre.

Pourquoi les situations sont-elles souvent hybrides ?

Une même entreprise peut cumuler les deux types de difficultés.

Un ralentissement temporaire peut révéler une activité déficitaire depuis plusieurs années. À l’inverse, une activité viable peut être fragilisée par une organisation trop lourde ou un manque de compétences.

Le diagnostic peut également varier selon les activités, les sites ou les familles de métiers au sein d’une même entreprise.

C’est pourquoi il est important de mener le diagnostic à l’échelle de chaque périmètre où se prennent réellement les décisions.

Pourquoi une erreur de diagnostic peut-elle fragiliser la restructuration ? 

La nature des difficultés détermine la nature de la réponse.

Face à un problème conjoncturel, l’enjeu consiste généralement à surmonter une période défavorable sans détruire les capacités nécessaires au redémarrage. L’entreprise peut rechercher des mesures temporaires, réversibles et proportionnées.

Face à un problème structurel, attendre le retour de la croissance ne suffit plus. L’entreprise doit agir sur son modèle économique, son organisation, ses coûts, ses activités ou la répartition de ses compétences.

Une erreur d’analyse expose principalement l’entreprise à deux risques opposés.

Risque n° 1 : restructurer trop profondément une organisation encore viable 

Une baisse brutale de l’activité peut donner l’impression que les capacités de l’entreprise sont durablement surdimensionnées.

Si cette baisse est temporaire, supprimer trop rapidement des postes ou des savoir-faire peut affaiblir la capacité de l’entreprise à profiter de la reprise.

Les économies immédiates risquent alors d’être annulées par :

  • la perte de compétences rares 
  • des recrutements difficiles 
  • une désorganisation de la production 
  • une dégradation de la qualité de service 
  • une surcharge des équipes restantes

La décision prise pour protéger l’entreprise à court terme peut ainsi compromettre son redémarrage.

Risque n° 2 : financer temporairement une activité qui ne retrouvera pas son équilibre 

L’erreur inverse consiste à attribuer les difficultés à la seule conjoncture alors que la demande, la rentabilité ou les besoins en compétences ont durablement changé.

L’entreprise mobilise alors ses ressources pour maintenir une activité qui ne pourra pas retrouver son équilibre sans transformation.

Les mesures temporaires prolongent la situation, mais ne traitent pas ses causes. Pendant ce temps, les pertes s’accumulent et les marges de manœuvre financières, commerciales et sociales diminuent.

Les quatre dimensions à examiner avant d’envisager une restructuration

Un diagnostic fiable ne peut donc pas reposer sur un seul indicateur.

L’analyse doit croiser quatre dimensions complémentaires.

DimensionSignaux plutôt conjoncturelsSignaux plutôt structurelsQuestion à se poser
MarchéCommandes reportées, choc identifiable, besoin client toujours présentAnnulation durable de commandes, nouveaux usages clients, remplacement technologique de l’offreLa demande reviendra-t-elle dans sa forme antérieure ?
ÉconomieTension de trésorerie, mais marge unitaire préservéeMarge insuffisante, coûts fixes trop élevés, pertes récurrentesLe retour du chiffre d’affaires restaurerait-il la rentabilité ?
OrganisationSous-activité temporaire, capacités provisoirement excédentairesOutils obsolètes, processus inadaptés, organisation devenue trop complexeL’organisation actuelle serait-elle performante après la reprise ?
Emplois et compétencesCompétences toujours nécessaires à moyen termeMétiers en recul, compétences obsolescentes, nouveaux besoins non couvertsLes emplois actuels correspondent-ils à l’activité cible ?

L’intérêt de cette grille est de séparer les symptômes des causes.

Exemple
Un poste momentanément sous-exploité n’est pas nécessairement devenu inutile. La compétence associée peut rester essentielle au redémarrage ou être transférable vers une autre activité.

Les trois tests pour poser un premier diagnostic

1. Le test du rebond

Imaginons que le marché reprenne son niveau antérieur dans les six à douze mois.

L’entreprise retrouverait-elle une rentabilité satisfaisante sans modifier profondément son offre, ses coûts ou son organisation ?

✅ Si oui, la difficulté est probablement conjoncturelle.❌ Si non, une fragilité structurelle est probable.

2. Le test de persistance

Retirons hypothétiquement l’événement déclencheur des difficultés : perte d’un client, rupture d’approvisionnement, ralentissement sectoriel…

La situation resterait-elle dégradée ? 

Lorsque le déséquilibre persiste indépendamment de l’événement déclencheur, la difficulté ne peut plus être considérée comme uniquement conjoncturelle mais trouve aussi sa source au niveau structurel. 

Les éléments à examiner pour vérifier l’amélioration de la situation
La rentabilité par activité La récurrence des pertes La structure des coûts La productivité L’évolution du portefeuille clients La compétitivité de l’offre.

3. Le test de réversibilité sociale

L’entreprise doit être en mesure d’évaluer sa capacité à reconstituer, après, ce qu’elle envisage de supprimer maintenant.

Ce test permet d’intégrer le coût humain et opérationnel de la décision.

Liste des questions auxquelles répondre

– Les compétences concernées sont-elles rares ?
– Combien de temps faudrait-il pour les recruter ou les reformer ?
– Peuvent-elles être transférées vers une activité en croissance ?
– Seront-elles nécessaires au redémarrage ?
– Leur disparition augmenterait-elle la charge des équipes restantes ?

Du diagnostic au scénario social : pourquoi il ne faut pas commencer par choisir entre PDV, RCC et PSE

Le choix d’un dispositif de restructuration ne doit pas précéder le diagnostic de la situation.

Avant d’étudier un scénario social, l’entreprise doit déterminer les activités à préserver, transformer ou réduire, les emplois réellement concernés et les compétences nécessaires à son modèle cible. 

Elle doit également évaluer les possibilités de mobilité ou de reconversion, la durée probable des suppressions envisagées et la capacité du volontariat à répondre à ses besoins. 

Ce travail permet ensuite d’étudier le cadre social et juridique approprié avec l’accompagnement des professionnels compétents.

PSE, PDV, RCC : 3 dispositifs de restructuration

Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) vise à éviter les licenciements économiques, à en limiter le nombre et à favoriser le reclassement. Il est notamment obligatoire lorsqu’une entreprise d’au moins 50 salariés envisage au moins 10 licenciements économiques sur une période de 30 jours.

Un plan de départs volontaires (PDV) organise des départs de l’entreprise sur la base du volontariat. Il doit toutefois être replacé dans le montage juridique précis du projet, notamment lorsqu’il est intégré à un PSE.

La rupture conventionnelle collective (RCC)  repose sur un accord collectif et organise des départs volontaires en excluant tout licenciement pour atteindre les objectifs de suppression d’emplois fixés par cet accord.

Le diagnostic conjoncturel–structurel n’indique donc pas automatiquement un dispositif. Il établit le scénario économique, organisationnel et RH qui devra ensuite être sécurisé socialement et juridiquement.

Accompagner les salariés sans compromettre les compétences nécessaires au rebond

Une restructuration ne se résume pas au nombre de postes concernés.

Elle transforme les collectifs de travail, la répartition des compétences et les trajectoires professionnelles. 

L’accompagnement doit donc commencer dès la phase de diagnostic.

Il s’agit d’identifier :

  • les compétences critiques à préserver 
  • les compétences transférables vers d’autres activités 
  • les métiers appelés à évoluer 
  • les besoins de formation 
  • les possibilités de mobilité interne 
  • les perspectives de repositionnement externe 
  • les débouchés accessibles sur le territoire

Cette lecture permet de construire des solutions plus pertinentes : mobilité, formation, validation des acquis de l’expérience, reconversion, création ou reprise d’activité et accompagnement au retour à l’emploi.

Elle permet également de limiter deux risques souvent sous-estimés. Le départ de compétences indispensables à la reprise et la surcharge durable des salariés qui restent dans l’entreprise

Pour conclure : Diagnostiquer avant de décider 

Distinguer un problème conjoncturel d’un problème structurel permet avant tout de choisir une réponse adaptée. 

Le diagnostic devient solide lorsqu’il croise les différentes dimensions stratégiques. Il permet alors d’éviter les réponses uniformes, de préserver les compétences utiles au rebond et de construire un scénario social cohérent avec la transformation recherchée.

L’expertise d’AKSIS en matière de mobilité, d’emploi et de connaissance des territoires prend alors tout son sens. L’enjeu n’est pas seulement d’accompagner des départs, mais d’aider l’entreprise à faire des choix éclairés et à construire des trajectoires cohérentes avec ses besoins comme avec les réalités du marché du travail.

Vous préparez une restructuration ou une transformation de votre organisation ? AKSIS accompagne votre entreprise du diagnostic en passant par le choix des bonnes solutions et à la mise en œuvre de vos dispositifs sociaux. Echangez avec l’un de nos conseillers pour en savoir plus. 

Cet article présente des repères généraux et ne remplace pas une analyse adaptée à la situation de l’entreprise. Faites appel à un professionnel pour obtenir un diagnostic fiable.